Le saint de la touche noire

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Troisième roman, écrit de 1994 à 1996 à Tokyo.

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Ce sont les carnets d'un pianiste assoiffé de pureté qui sacrifie tout à son art, au point d'en devenir asocial et de sombrer dans une démence mystique le conduisant à l'abîme. Mon nom est Gourde, voilà ! Dimitri Gourde. Et pianiste de profession. A dix ans, déjà, je ne savais qu'une chose : qu'il fallait m'enfermer avec un piano, comme un moine avec sa croix, dans sa cellule, pour avoir la paix, celle de maman et la mienne. A chacun son instrument : aux uns la plume ou le sifflet ; aux autres la bêche, la truelle ou le plantoir. Pour moi, c'était cette étroite bande d'ivoire, blanche et noire, un rectangle tout en longueur, bien austère : quatre-vingt-huit touches, deux cents cordes. Toute ma vie tient dans cet espace réduit, cette plate-forme mécanique qui se relève et qui s'abaisse, monotone, démontable. Tout ce que j'ai pour me raccrocher en ce triste monde : un petit jouet bancal, une miniature de paradis et d'enfer. Je me souviens de mon premier piano... Ce qui en reste est une photographie où je suis accroupi devant lui, le monstre, en culottes courtes, et l'air jubilatoire. Je devais avoir trois ou quatre ans, au plus. Il était tout bleu. Un bleu pâle, blanc, liquide, livide, comme l'écume de la mer sur la grève. Il sonnait horriblement faux : j'en conserve le bruit dans mes tympans. Je me sentais trompé, soupçonneux. J'inspectais ses entrailles, par-derrière, par-dedans : des tringles de fer, des cordes grossières. Rien d'étonnant si le son n'était pas à la hauteur : "Ding ! Dang ! Dong !" C'était du chinois. J'avais déjà l'idée qu'il faudrait peiner, qu'il n'irait pas de soi de sortir de cette boîte bleue, ce diable d'engin, des sons quelque peu intéressants. Plus tard, devait venir la découverte du vrai piano : pas encore le grand, à la longue queue ; non, le petit, écourté, équeuté, tout droit : un maigre crapaud. L'aventure s'est passée chez une amie de maman. Nous étions en visite : ces conversations d'adultes, bêtes comme la pluie, m'ennuyaient. En cachette, j'ai soulevé le couvercle noir...