30. oct., 2019

Pages intimes (195)

 

L'orgueil intellectuel est je crois considéré par beaucoup de théologiens comme le pire, comme le péché par excellence. C'est en effet désirer se mettre à la place de Dieu, usurper sa toute-puissance, vouloir le concurrencer, entrer en conflit et en compétition avec l'absolu exactement en son centre. Bien que  la manie  de menacer autrui en s'appuyant sur la crainte de Dieu et en citant les Psaumes, n'ait pas mes faveurs, il est vrai  que l'humilité et la modestie, le efus d'exercer seul, sans contrôle, la toute-puissance de l'esprit, fût-ce au  nom de l'espèce humaine entière, est un pas important sur la voie de la sagesse. Sont portés vers cet orgueil les savants en général,  les philosophes en particulier et les historiens, accoutumés, par métier, à brasser les siècles  en quelques  phrases, si ce n'est en quelques mots. 

Le survol intellectuel est à la fois une présomption et un grand  péril,  tel celui de l'aviateur qui domine  de très haut un territoire, et pour qui tout devient gris, banal, ou abstrait et en un mot fuyant Saisir la réel en son coeur, en son centre, se mettre à son niveau voilà une entreprise  rare et ardue, celle dont se réclamait la phénoménologie, à sa naissance, même s'il faut bien admettre que sa croissance  et son développement furent des échecs. Il est impossible de saisir profondément et définitivement quoi que ce soit, au moyen de l'esprit  réduit à ses seules forces, sans l'aide de Dieu. D'où  découlent les limites et le statut inférieur de la "servante",  la philosophie par rapport à "la maîtresse", la théologie   une fois  clelle-ci délivrée de ses excès et de ses travers.   

 Pzr malheur, au plan global, l'humanité, créée à l'image de Dieu, en tous cas douée de raison, pas seulement de folies, non dépourvue de logique et d'esprit, et de plus chargée de peupler la terre,  de veiller sur ensemble de la création et des créatures  ne pouvait que s'engager dans la voie qu'elle a prise et d'où elle ne peut plus sortir, plus du tout s'extraire.

 Ayant tout disséqué, analysé, et en somme "démonté" les organismes, y compris le sien propre, dans un état d'esprit de liberté et d'expérimentation sans frein, le genre humain se trouve à présent dnas la désagréable obligation de tout remettre en ordre, y compris le climat, le jeu naturel de ce qu'on appelle significativement  les  "éléments" , terre, eaux, air (vents). Et "remonter', reconstruire, réorganiser ces ensembles, afin d'y introduire des harmonies, au  besoin plurielles et nouvelles, paraît pour le moment une tâche au-dessus de ses forces. 

 Néanmoins, les plus orgueilleux des intellectuels espèrent continuer jeuqu'au bout à prendre  la place de Dieu,  ne doutant point qu'ils puissent corriger, améliorer, réparer son oeuvre - et la leur -- optimisme délirant où l'homme non seulement se diviniserait mais  outrepassant toute limite, y compris celle qui oppose le masculin au féminin, atteignant une sorte de transcendance des sexes par  une abolition techno- scientifique  de la dichotomie yin-yang, proclamée par la pensée chinoise comme la loi ultime.  La reproduction, la perpétuation de l'espèce s'opéreraient donc en éprouvettes et d'une manière artificielle, non naturelle, point le plus haut possible atteint par l’intellect dans ses prétentions à la toute-puissance, à la domination  de la Nature y compris la sienne, la nature humaine. 

 Ambition très ancienne, puisque Pascal dans sa conversion, se réfère au  "Dieu des savants et des philosophes" qu'il abandonne pour le "Dieu de Jésus-Christ", pour le Père . Revenir à la foi au Père éternel, dont les noms sont multiples selon les cultures, et rejeter l'illusion folle de pouvoir se passer de Lui, tel est le devoir et le salut d'iun intellect humble, conscient de ses faiblesses et de ses limites. C'est une démarche qui semble plus individuelle que collective car la société dans son ensemble répugne à mettre un terme, ou simplement un frein à l'orgueil de savoir, et plus encore de pouvoir sans cesse davantage : l'école, l’instruction en soi étant une véritable pépinière d'orgueil intellectuel insatiable, impuissant à se détruire, ou simplement se réguler; ui-même, puisqu’il faudrait alors passer sur un autre plan, supérieur ou interdit, au besoin par la Loi, celui de la religion ou  de la spiritualité conscientes. Et c'est pourquoi aucun Salut socio-politique n'est à attendre. 

 J'ai moi-même mis un temps infini à me libérer de l'orgueil intellectuel, travail inachevé si j'en crois les critiques que je reçois et les lecteurs qui me semoncent. Qu'ils sachent que je me semonce moi-même.  Or il faut avoir en soi une certaine dose de 'fiel" pour dénoncer  le fiel" d'un inconnu en trois phrases, sans y avoir été prié, au nom de la noblesse du bouddhisme. Parabole de la petite paille et de l'énorme paille dans les Evangiles. 

Mon respect envers radio Notre-Dame  est entier et constant, ainsi qu"à toutes les personnes de Bien et de mérite qui y travaillent,et que je remercie du fond du cœur. Que je ne puisse choisir d'une façon claire et définitive, entre bouddhisme et christianisme, entre Orient et Occident  est ma croix personnelle, et à l'issue d'un si long séjour "hors des murs", j'en assume pleinement le drame et la responsabilité.  C'est toute l'histoire de ma vie. Je  ne demande qu'un  peu de compréhension. Et compte tenu de mutations rapides du monde présent, je ne me sens pas si seul.