24. oct., 2019

Pages intimes (193)

 

Comment aider autrui tout en s'aidant soi-même dans un monde devenu, plus que jamais,  lugubre et absurde ?  Donner la moindre pièce à un quêteur, un mendiant, un nécessiteux, ou leur faire cadeau d'un sourire, ou seulement d'une onde psychique favorable, voilà un moyen simple de changer le monde. Faire l'aumône, c'est se rendre heureux soi-même. Celui qui la reçoit apporte ainsi un secours imprévu à celui qui croit secourir à sens unique ; le don est un acte de réciprocité.

L'écrivain polonais Marek Hłasko (1934-1969), malgré ses insuccès et ses échecs, ou à cause d'eux, se fit une haute conception de la littérature, en tant qu'entreprise de dévoilement le plus  intime possible de soi. Les grands écrivains, et même certains parmi les petits et les moyens, se livrent totalement dans leurs oeuvres. Leur soif et leur faim de fraternité et d'amour les poussent à se donner, se sacrifier avec sincérité, au rebours de ceux qui ne cherchent qu' à se protéger, fortifier leur égoïsme,  ou  empoisonner autrui.  Le ton d'un discours ou d'un écrit se manifeste d'emblée  de lui-même. D'où parle celui qui ose ainsi s'exprimer,  de quel niveau, de quel lieu ?  montagne, mont, colline, promontoire, chaire, tribune, et de quel droit ? quelle conception se fait-il de ses efforts, de son travail, de sa fonction ? Avec un peu de flair et d'expérience, ce seul critère disqualifie bien des propos.  Est-il vraiment indispensable de lire ce journal, cette revue, ce livre, d'écouter ces ondes ? telle est la question première. A une époque où tout s'imprime, tout s'exprime,  tout se dit, tout se fait sans honte, rares sont les voix ou les plumes qui réussissent à passer d'une façon satisfaisante ce test. Or il existe une philosophie ni sèche ni technique, commune à tous les grands écrivains, et aussi aux grands artistes, par-delà les différences, au-dessus de tout contraste ; ils ont un grand coeur et ne s'épargnent pas.  

Il me faut lever une ambiguïté qui m'est apparue après réflexion dans un second temps, puisque se publier, s'éditer rapidement soi-même est un risque ( voir mon petit article passé, deux ou trois ans plus tôt, sur le thème : avantages et désavantages d'écrire un blog)  A l"intention des personnes qui me connaissent de près, il me faut dire que la page précédente était une libre improvisation., une fantaisie, certes parlante, mais n'indiquant pas quelque aventure ou bonne fortune de plus : car il y a beau temps que j'ai fait le deuil du ventre. Et j'enjoins quiconque, comme Hugo,  à s'engager dans cette voie qui, pour notre époque, est à contre-courant. parce que  le raisonnable et le déraisonnable sont de nos jours inversés. Et pour qui en est curieux, ma vie saignante entière se trouve dans mes écrits : romans, journaux de voyage, carnets de bord.