5. oct., 2019

Pages intimes (189)

 

 Aimer, ne pas haïr. Aimer, adorer à en perdre la raison, non pas les êtres de chair, mais les êtres spirituels, les âmes de lumière, le corps glorieux que nous  sommes déjà, sans le savoir ni le reconnaître. Ne haïr rien ni personne. Christ demande d'aimer ses ennemis et de leur pardonner. Bouddha transcende toute pensée et tout sentiment, au-delà du "ni, ni" et  du "et, et". Le cerveau doit être débranché à volonté. Une voie existe, se profile au-dessus des débats sans fin, des querelles indignes, ignobles et odieuses. L'inintelligence règne. Le devoir du juste est de faire advenir le règne de l'amour. Saint François d'Assise affirme : ""Si nous savions adorer, rien ne pourrait véritablement nous troubler. Nous traverserions le monde avec la tranquillité des grands fleuves." Qui a vu, observé, contemplé avec plaisir et stupeur,  une seule fois, le Fleuve jaune Huang He, le fleuve bleu Yangzi Jiang, le fils du grand Yang, du grand principe mâle, sait de quoi il parle. La Seine et le Tibre ne sont que de petites rivières. Il n'est que de prononcer "Père", Baba, Papa, en toute langue, en mille langues, pour être réconforté, épaulé, secouru, ce père que des scientifiques et techniciens, par on ne sait quel satanique aveuglement,  entendent  transformer en machines, pour en priver un enfant, avant même sa venue ici-bas, son accès au monde. Aucun petit enfant ne sera jamais sevré de père spirituel, de protection divine, plus qu'humaine.

Pascal, au long de sa nuit de feu du 23 novembre 1654, à trente et un ans, verse des larmes de joie. Celles-ci sont l'une des formes du samadhi, brillance égale et indifférenciée, extinction du nirvana, flamme d'une bougie soufflée qui continue pourtant à briller en tremblant, l'éblouissement de la vérité pure et nue, qui vous saisit, une fois pénétrées à fond toutes les voix, deux, trois, quatre, cinq voix d'une fugue de Jean Sébastien Bach, grandiose dans son ensemble, délicate et cristalline dans tous ses détails, comme les cathédrales. Oui semble-t-il, le treizième siècle, siècle de Marco Polo  et de Saint François,  les siècles de Bach et de Pascal, furent plus avancés, plus éclairés que le vingtième et le vingt et unième. Et cependant, une uniformité supérieure annule et uniifie, et résout les énigmes du temps écoulé et de l'espace.