24. sept., 2019

Pages intimes (186)

 

 

La réalité ordinaire doit être tirée, poussée, prolongée en direction de l'irréalité ; puis fusionnée avec elle.  Tel est le b,-a ba des pensées asiatiques, démarche ou processus, si difficiles à appréhender, et mettre en oeuvre, à ce qu'il semble,, par les personnalités et les sociétés occidentales.  La petite Thérèse de Lisieux, attirée par le Vietnam, nous tend avec candeur les clefs de l’universel, quand elle se dit toute petite et désirant devenir plus petite encore. Combien elle est émouvante ! sauf pour les personnes trop graves et trop sérieuses qui font de tout une corvée et un mauvais devoir. Joies et peines sont liées, associées, comme le chantait Apollinaire, avec tous les vrais poètes. La découverte, ou redécouverte de l'enfant intérieur, celui que nous avons été à coup sûr un jour, et qui ne nous quitte jamais, car tous les âges sont empilés les uns sur les  autres, se superposent, -- passe par la déculpabilisation de la timidité  la divine, la plus qu'humaine béatitude.  Dans un monde pressé, qui court on ne sait où, s'impose de prendre le temps  des silences et des béatitudes. Sciences du silence et sciences de l'amour. Oui les philosophies orientales anticipent de très loin  les percées théologiques de la petite Thérèse, et même de presque tous les saints d'Occident. Y compris par les traits du visage, avec ses quatre sœurs, son père et sa mère, elle incarne une humanité éthérée et angélique, celle des séraphins.  Là jaillit de la fontaine immortelle et d'une  source vive d'énergie, le nœud de paix, force et joie que Lanza del Vasto alla chercher aux Indes.  Ce Gange coule aussi à Paris, tout près de nous, quand bien même la butte Montmartre ne saurait être confondu avec  un Himalaya, fût-ce par temps de neige. Enfant, dès dix ans peu-être, j'aimais placer, insérer,  replier  l'un de mes pieds sous moi, sans que ma mère, ni personne n"y trouvât à redire. J'ignorais tout de cette position de demi-lotus, elle me paraissait bizarre, insolite ; je me reprochais parfois de la prendre, de l'adopter, de l'aimer mais elle me détendait, me plaisait, me ravissait dans  une totale inconscience. Je me demande à présent  si ce n'était pas le signe de ma réincarnation en Bouddha. Je ne pensais pas quitter jamais le territoire national, mais déjà, je me sentais de nulle part et de tout lieu, à la fois. "Où que j'aille là est ma maison ; l'étranger est pour moi terre natale." La sensibilité de Villon gagne et obsède maintenant l'humanité entière. L'exil est notre condition humaine fondamentale. Nous sommes à la fois d'ici et d'autre part, d'ici et d'ailleurs. De la terre et du ciel. Qui peut échapper à ce destin ?