20. sept., 2019

Pages intimes (185)

 

Idée forte de Pascal, "le bon usage des maladies", nous conte Cioran dans son Journal, provoqua en lui une telle surprise, un tel contentement qu'il ne put réprimer, dans la salle de lecture de la bibliothèque de Bucarest, ou de Sibiu, un petit cri à peine étouffé de ravissement et de soulagement. Or c'est l'humanité entière qui, de nos jours, est comme malade. Quoi qu'il en soit, nombre d'artistes, de créateurs, d'inventeurs, de saints, d'élus, le furent d'une façon ou d'une autre. Au lieu de craindre l'épreuve, il convient donc de la souhaiter et de l'affronter, la surmonter. C'est alors une bénédiction. Car souffrir, c'est apprendre, ainsi que nous le signifait  Eschyle, chrétien avant l'heure. Pâtir, c'est faire pénétrer en soi, au plus profond, la connaissance.  Et l'omniprésence du désir est douleur pour le bouddhisme,  qu'il importe de réguler, domestiquer, maîtriser, pour soi et en soi, et chez autrui. Le délicat équilibre entre vie et disparition, extinction, mort est la voie royale. Il est tristement amusant de constater, chez certains, la souffrance paradoxale d'une vie trop heureuse. Le bonheur moyen,  le conformisme absolu est un triste et pauvre idéal ; jouir sans entraves, un indigne slogan. La maladie ouvre une faille, fente divine par laquelle pénètre la lumière. s'infiltre un savoir supérieur, sinon divin, en tous cas plus qu'humain. Il serait à espérer que, malade, l'humanité trouvât au sein de son malheur, le moyen de faire jouer les ressorts d'une surconscience créatrice,  non d'une "folie créatrice" ( distinction importante sur laquelle attirait mon attention jadis avec sagesse une sinologue,  spécialiste de l'art chinois, la peinture chinoise, madame Vandier Nicolas, à l'Ecole des langues orientales).