8. sept., 2019

Pages intimes (181)

 

Longue interruption à la suite du surmenage intellectuel de l'été. J'ai presque achevé, en cinq mois, la version manuscrite de mon roman, le neuvième, intitulé Séismes. Et je fus frappé comme mon héros, mon ami intime, par une malédiction kafkéenne. 

Au piano, retravaillant les Etudes de CHopin, toutes sans exception, je me suis follement cru revenu à l'âge où je les déchiffrai toutes, une à une, sans que Carlo Guindani me l'imposa, entre douze et quatorze ans. La chaleur, le climat, en soi, en tant que tel, ne fut pas un handicap, car bien plus humide, étouffant, oppressant au Japon, cette atmosphère me fut a contrario agréable, je dormis comme un loir.  

Mais l'environnement général contredisait les sensations de mon corps.  J'entendis soudain la musique japonaise de l'été, la flûte du Nô, comme un avertissement, un signal. Me manquait terriblement la Prévenance, cette anticipation des gestes, des paroles, cette faculté de lire en l'autre, en son esprit, sur ses lèvres, d'habiter, émigrer hors de soi-même ; d'anticiper, deviner, prévenir  les comportements et réactions d' autrui,  comme s'il était soi-même ; cet art de se mettre à la place de l'autre, de communier en lui. Le génie spatio-temporel japonais, le mysticisme pratique, clef de la politesse, de la civilité, de l'urbanité ou bienveillance. Raison pour laquelle le père Huang traduisait, à ma stupéfaction alors, le sinogramme "Ren", qui montre et dessine deux hommes en présence, côte à côte, par humanisme, charité, empathie ou compassion, voulant dire que la civilisation chinoise les connaissait et pratiquait bien avant  l'Occident.