8. juil., 2019

Pages intimes (174)

 

Deux aimables et charmantes personnes, qui, avec courage, élégance et noblesse, dissimulent leur identité, me font savoir qu'elles considèrent ce site comme rempli de haine, sexiste, raciste et grossophobe. Elles me font non seulement injure, à titre personnel, mais aussi, dans leur bel élan, à tous les lecteurs fidèles qui, depuis deux ans et demi, tout au long de quelque quatre cents pages de texte, ne s'en sont pas aperçus. Le niveau d'instruction générale ayant chuté, il est à se demander si certaines gens savent lire, réfléchir et penser. Je me dois donc de déclarer hautement que j'aime les hommes et les femmes, et même les anges, les esprits incorporels, je ne déteste personne, loin de là, j'aime tout le monde, tous les sexes et les races variées de ce globe, j'aime à en perdre la raison, toute ma vie, toutes mes expériences passées et présentes le montrent et le démontrent. Et j'aime ces personnes elles-mêmes qui, de quelque façon, expriment leur anxiété et leurs souffrances, leurs troubles et leurs tourments. Je les comprends et leur pardonne, dans un esprit de charité et de compassion chrétiennes. Nous devons nous aimer, nous sommes dans l'obligation de nous aimer tous, et d'autant plus que la complexité des enchevêtrements du monde s'accroît, rendant à tous la vie périlleuse et souvent pénible. Tenter de trouver, de définir une voie, suggérer des solutions, tel est mon but, telle est ma seule passion. Je ne hais personne, pas même moi-même, bien que se haïr, dans une certaine mesure, soi-même, c'est-à-dire détester la présence en soi du mal, débusquer le monstre en soi, soit le premier pas, à la fois tremblant et solide, du bouddhiste comme du chrétien sincères., de toute religion et philosophie véritables. Car un monstre, un sinistre animal peut s'emparer, lentement ou soudain, du cœur et de l'esprit de l'homme, de tout homme, de chaque homme, et de chaque femme, y compris de nous-même, nous le savons bien, nous nous sommes livrés à des études historiques. Nous devons reconnaître ce fait  et prendre des mesures pour faire triompher la voie du bien, c'est-à-dire surmonter les instincts, les vaincre, les sublimer, les instincts mauvais, bien entendu, non point les bons. Ayant choisi la philosophie dès l'âge de douze ans, sous l'influence de ce seul titre de Malebranche, La recherche de la vérité, je sais de quoi je parle, j'aborde toutes les questions de front et ne crains pas de les prendre à bras le corps. Ma sensualité fut toujours forte, si loin que je remonte. Si je ne l'avais pas maîtrisée, contrôlée, domestiquée, placée sous le joug de l'esprit, de même que toutes mes passions, je me serais détruit moi-même, comme il arrive à tant d'autres, et ne serais plus de ce monde. Mes carnets, depuis l'enfance, mes huit romans, bientôt neuf, car j'en ai écrit les deux-tiers d'un autre, intitulé Séismes, en témoignent. Le titre de mon cinquième roman, Le pis de la race, vient, soit dit en passant,  d'une citation de Romain Rolland, dans sa grande fresque L'âme enchantée, "le démon (sexuel) qui trait le pis de la race", et ni lui ni moi ne sommes coupables d'aucun racisme J'ai conquis à travers les épreuves ma sagesse, ma philosophie, ma religion et mon culte de l'amour, ma conception, non capricieuse ni futile, de la liberté. Je suis donc très à l'aise pour parler de tout, et de front, y compris des questions les plus délicates. Le Sherpa et l'homme blanc, publié il y a dix ans par les éditions Gallimard, n'a fait, que je sache, l'objet d'aucune plainte . Pascal Bruckner, dont les idées sont du reste si différentes des miennes,  publia en 1983 Le sanglot de l'homme blanc. A présent l'expression "l'homme blanc" se rencontre dans tous les journaux, les meilleurs comme les pires.  Le vocabulaire manque : l'homme occidental est blanc ; son visage est pâle comme le notaient les Indiens d'Amérique. 

Je répondrai point par point. La personne qui se donne, noblement, le nom et les qualificatifs de "Grosse, gouine, fière, Militante LGBT" me reproche d'être "grossophobe". Or, enfant déjà, j'aimais les femmes de Rubens et Renoir. Comme Baudelaire, j'aimais les masses de chair, la chair me fascinait. Je déclare donc hautement que j'aime et suis attiré par les femmes bien en chair, qui ont de l'embonpoint, un sain embonpoint, je ne les méprise en rien. Cependant, je dois ajouter que, si cet empâtement est d'origine hormonale, il relève peut-être de la médecine, et s'il tient à un style de vie, à un comportement contraire à la bonne santé, il serait sage pour la personne concernée, d'y mettre bon ordre : mouvement, sobriété, diète, observation attentive de soi, de l'emploi de son temps et de ses forces, ne  peuvent nuire. Nous sommes tous responsables, d'une certaine façon, de nous-mêmes, substance, apparences, être et esprit profonds. Nous sommes responsables de notre être profond et de ses manifestations. C'est là ce qui est terrifiant et stimulant à la fois. Mais j'en viens à la thèse, l'une de mes thèses, qui, probablement, a motivé ce reproche, ou cette accusation, à moi adressés.  De retour du Japon, je fus sensible très vite à la question de la dilatation, ou de la contraction des corps. Je renvoie ici à l'une des entrées de ce journal informatique, qui d'ailleurs ne provoqua aucune protestation, où je m'écrie, dans le cadre de la cohue du métro : "Rétractez votre corps."  L'idée, il va de soi, est de prendre conscience de l'espace occupé par notre corps, en particulier si c'est aux dépens, au détriment d'autrui,  bien entendu, autant que faire se peut, dans la variété infinie des circonstances et des situations. Il m'est apparu que dilater, enfler son corps, au-delà de toutes proportions raisonnables, n'a rien de glorieux, ni d'admirable, ni de vertueux, sur une planète où la surpopulation devient patente. Précisément parce que la surpopulation est un fait de nature, au Japon, en Chine, aux Indes, ne pas être égoïste, égocentrique, ou égotique, vivre en relation, vivre ensemble, tenir compte de l'autre, se préoccuper toujours beaucoup de l'autre, du voisin, de l'entourage, pas uniquement de soi-même, de son petit moi, est un fait de culture élémentaire qui s'imposa, plus qu'ailleurs. Groupisme, collectivisme, voire communisme, au bon sens de ces trois mots, plutôt que culte forcené et capricieux du moi individuel.  A l'issue d'un très long séjour en Asie, sur le terrain, non seulement dans les livres, par suite d'une passion d'enfance pour ce continent, dont la part dans les affaires du monde ne peut que s'accroître, j'en suis venu à réfléchir sur les données anthropologiques, ethno-culturelles et ethno-psychologiques, qui caractérisent cet immense et millénaire espace de civilisation. Mais je n'exclus rien ni personne. Je le redis, mon cœur est grand ouvert, par nature, par tempérament et par expérience, J'aime, je suis en empathie, je me mets facilement à la place d'autrui, j'entre dans le corps et l'âme, le cerveau, les pensées des autres ; je suis le moins enfermé des hommes. Pour ne prendre qu'un exemple, lors de mes années d'études, à peine arrivé à Beijing, je me liai d'amitié, non seulement avec quatre ou cinq Français et une bonne dizaine de Françaises, maints Européens et Chinois, et avec un Népalais, Gyani, mais aussi avec un Congolais, un Sénéglais et un Tchadien, car se trouvaient alors à l'Institut des langues étrangères de Pékin, plusieurs centaines d'étudiants noirs, c'était le continent le plus et le mieux représenté alors en Chine. Je dois dire que ne s'y trouvait, en revanche, aucune étudiante noire, de même que je n'en ai point croisée au Japon, de telle sorte qu'elles m'attirent et me fascinent d'autant plus, à présent, en raison de cette lacune de mes expériences. Oui, je le redis, j'aime les hommes et les femmes de toutes sortes, dans leur infinie variété, J'aime les êtres vivants, et les objets vivants, comme les violons, les pianos et autres instrument de musique. Et la seule chose que j'aime moins, ou pas du tout, ce sont les machine uniformes, froides, automatiques, en particulier quand elles sont bruyantes et hideuses. A cet exemple près,  je ne sais pas haïr, je ne sais pas ce que c'est que la haine. 

 J'en viens à la question du "sexisme", concept qui, au demeurant, demande à être précisé, car de quoi s'agit-il ? A la vérité, j'aime,  apprécie et estime, prend en considération tous les sexes, y compris les sexes parallèles, non conformistes, originaux, créatifs et angéliques.  Ce n'est du reste qu'une variété du vivant, une variation sur le thème du vivant. Je note au demeurant que je ne suis pas accusé d'homophobie. Je suis en fait homophile, anthropophile, autrement dit, philanthrope. Je me borne à constater que la femme libérée, la femme libre, n'est pas toujours heureuse, ni satisfaite, ni épanouie ; que l'ambition d'être, d'avoir et de représenter  tous les sexes à la fois, de bénéficier de tous les avantages, atouts et qualités, spécificités des deux sexes et de tous les sexes en simultanéité, n'est pas nécessairement la voie de la sagesse, ni du bonheur, ni une facilité ; et qu'en fait de sexisme, il faudrait accuser et censurer Molière lui-même, et bien d'autres, au motif qu'il écrivit les Femmes savantes et les Précieuses ridicules,  sans compter qu'il met dans la bouche de l'un de ses personnages cette expression,  à propos des femmes : "ces animaux-là". Mais en vérité, que n'a-t-on pas écrit, au long des siècles ? la littérature et la philosophie étant, par nature, et par fonction, le domaine d'une liberté débridée, d'un imagination sans retenue, excessives l'une et l'autre, j'en conviens, j'en suis d'accord. C''est ainsi que Baudelaire,  dans l'un de ses écrits intimes, Mon cœur mis à nu, ou Fusées, traite les Japonais de singes ; et que Schopenhauer fait de même, prenant pour cible, quant à lui, les Français. En résumé, voici ma position : aucun homme n'est un singe, aucune femme n'est un animal. Et il nous revient d'en apporter la preuve, de nous distinguer, avec rigueur, de tout ce qui est simiesque. L'égalité des droits, des devoirs, et des responsabilités, des joies, des peines et des épreuves, nous est à tous commune, sur cette planète étroite, fragile, en passe de le devenir toujours plus. La noblesse, la dignité s'imposent à tous, non l'indignité, l'ignominie et la vilenie. Et pour ce faire, un travail sur soi-même, une amélioration de soi, souvent pénible à réaliser, une ouverture d'esprit, une tolérance,  non du pire, mais du meilleur, voilà le vrai combat, et de tous les instants. La vertu ne consiste pas à accuser les autres, les dénoncer, les calomnier. Et la délation anonyme ne fut jamais, dans aucune culture, y compris à Sparte, un très grand honneur.  Rapporter "systématiquement aux autorités", comme le désire la personne qui se cache courageusement sous le pseudonyme honorable de "Rosa-Bonheur", n'est ni digne ni noble. Trop souvent, le mal que nous voyons et qui nous indispose, est exactement celui que nous possédons en nous-mêmes. Car le monde est, ou devient tel que nous nous le représentons, et que nous le percevons.

Pour se sortir de l'impasse, l'humanité devra faire des efforts conscients vers le bien, l'amour, la vertu, la responsabilité et le sérieux, la compréhension et l'empathie réciproques, en cessant de vanter, prôner, récompenser, magnifier, déifier l'exact contraire : le mal, la haine,  le vice, la frivolité et l'irresponsabilité, ou la débilité capricieuses. Ce chemin sera vraisemblablement long et douloureux.    

A destination des personnes qui, on ne sait jamais, trouveront mon plaidoyer ridicule,  j'ajouterai que le ridicule ne tue pas à Paris, Cioran le remarqua, et nous le savons bien, nous en sommes témoins tous les jours. En conclusion, mon site n'est pas un site de haine ; sa musique, un Madrigal médiéval, n'est pas une musique de haine ; ses photographies de l'Inde et du Népal ne sont pas des clichés de haine ; aucune parole de haine, insultes, grossièretés, vulgarités usuelles, qui courent cependant partout comme des mouches, ne s'y rencontrent. Et j'ai confiance dans le jugement des personnes qui savent encore déceler et apprécier la hauteur de ton, l'élévation de pensée, et, en un mot, l'intelligence, la générosité et la compassion, au sens de souffrir et ressentir comme son prochain,  avec lui, en fraternité et en sororité.