20. juin, 2019

Pages intimes (169)

 

La tolérance au laid, à l'ordurier, à l'excrémentiel, l'absence de honte, l'apologie et le règne du n'importe quoi, sont devenus tels que la situation est irréparable. Or, c'est bien l'Occident décadent qui est à l'origine de cette évolution. Ce penchant tient avant tout à une fausse conception de la liberté, et également de l'égalité, l'égalitarisme fondé sur l'envie, la jalousie, une fausse logique de l'identité, qui ont tout envahi, dégradation d'abord lente, puis accélérée, de sorte qu'il est presque impossible à présent de l'arrêter et de revenir en arrière. Si un coup de frein ou un coup d'arrêt peut et doit se faire, ce ne sera qu'à la suite d'une catastrophe telle que tout le monde comprendra subitement, dans la douleur et dans les larmes, qu'il faut cesser de se comporter ainsi, que rien ne peut continuer comme avant. Dans ces circonstances, je suis loin d'être le seul à admirer et soutenir les sociétés qui ont conservé une haute idée de la tradition, de la culture, de la dignité de l'homme, et de la femme, de la vertu, ou du moins d'une modération dans l'exhibition de l'impudeur. Mais à l'inverse, à en croire certains, c'est l'exportation de ces comportements extrêmes qui s'impose, afin de libérer le monde entier des chaînes du passé, et de toutes chaînes, comme si c'était possible, y compris contre le gré des populations concernées. Le prétendu million de manifestants, à Hong Kong, Xiang Gang, le Port des Parfums, ne m'impressionne pas ; chiffre faux, facile à mémoriser, car les auteurs de papiers rapidement écrits, rapidement publiés, rapidement oubliés, ont ensuite sauté, sans hésiter, à deux millions. D'où suit cette question : qui donc a intérêt au chaos en Chine ? Le chaos, en Chine ou ailleurs,  a-t-il jamais été dans l'intérêt général ? Tout homme sensé n'a-t-il pas le droit et le devoir d'éviter et de refuser le chaos ? Celui-ci ne règne même pas dans la nature visible, les volcans actifs y étant rares, et n'est pas davantage la loi du système solaire. Mais c'est par une extension de la réflexion aux univers galactiques, et par toutes sortes d'observations et d'expérimentations, que la science s'est mise à courtiser le chaos. L'immensité dans le temps et dans l'espace, l'infini des nombres et des calculs, justement, ne justifient pas le chaos, la tolérance au chaos, tout au contraire ... De toute façon, la chose politique et la chose publique, en leur fondement, ne m'intéressent plus, ne me préoccupent plus -- autant crier dans le désert. J'ai fait, j'aurai fait ce que j'ai pu, j'ai la conscience tranquille. Il faut soustraire vingt et une années à mon âge ici. Je ne suis pas responsable de ce qui s'est passé ici, je n'étais pas là. Gloria in excelcis deo, Gloire à Dieu dans les cieux. Et in terra pax hominibus bonae voluntatis. Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Tout est là, tout est dit là. Mais qui se cache sous ce mot Dieu, quelle est son essence ? Son existence est hors de doute, mais pas sous la forme étroite d'une personne séparée, transcendante, coupée de tout, de nous. Transcendance et immanence forment un couple à transcender.

C'est là où les intuitions et les expériences de l'Orient vont si loin, au-delà de la dialectique du père et du fils, tout en l'incluant, la respectant, la vivant au plus profond, en tant que relation familière. Les inquisiteurs du Moyen Âge, dont la race n'est pas éteinte, ont beau jeu de simplifier en dressant des frontières.  Il n'y a pas de frontières. Et cependant il n'y a pas de chaos, en dépit de ceux qui tiennent à enfermer autrui en cage, soit dans les premières, soit dans le second. Oui, il existe  un chemin qui passe entre les contradictions, et qui les dépasse. Pour le transcrire en arguties politiques, un chemin qui évite et le libéralisme et l'étatisme ; et le fascisme, et le socialisme ; et le nationalisme et l'internationalisme -- cette somme d'étroitesses. Le chemin de la vérité et de la vie. Thomas, qui veut voir et tout toucher, tâter du doigt, demande :  "Où est le chemin, maître ? car nous ne savons pas où tu vas ?" (Jean, 14, 1-6) Le maître ne va nulle part, il est toujours là. Il demeure dans toutes les demeures. Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père. Le chemin, la vérité et la vie, tout à la fois, ce n'est pas rien. C'est l'Éternel de la Bible, le Dao des Chinois. L'indicible, l'ineffable, l'informulé, l'informulable. Le salut, la santé physique, psychique et morale, la solution, la voie de la vertu réalisée, sens exact de Dao-De-Jing. Je suis allé ce mardi à la Maison taïwanaise des trois thés. La vérité réside dans un geste, une atmosphère, le ton d'une voix, un sourire, une paix. C'est shalom et shalem, salem, salaam ; ce serait Bon-jour, si ce mot était bien prononcé, bien articulé, dans le bon état d'esprit.  J'ai fortement pensé, une fois de plus, au Père Huang Jia-cheng, François Huang, François-Xavier Huang. Dans son nom, ses noms, se profile un programme.