13. juin, 2019

Pages intimes (167)

 

L'Unificateur. Le grand Unificateur. 

Ainsi me sont apparus hier la figure, le visage, la substance, la pâte profonde de l'être suprême. Les religions, les arts, les sciences cherchent à l'approcher. Elles ne savent pas ce qu'elles recherchent, ou à peine. Le père chinois Vincent Hu, Hu Tchen-yang (1916-1972), ami intime du père François Huang, arrivé en France un peu après ce dernier, en 1937, mathématicien, oratorien, d'esprit fulgurant, arriva à cette conclusion, à la fin : "Nous sommes ignorants. Nous sommes tous des ignorants". C'est d'ailleurs à la même conclusion qu'arriva Socrate. Dans son Legs spirituel, édité après sa disparition, par son ami, aux Belles Lettres, il est possible d'apprendre que l'on enseignait autrefois aux Chinois devenus chrétiens à rejeter leur culture. Confucius était tombé en enfer. Il est probable que tel n'est plus le cas, mais ce n'est pas absolument sûr. Devant tant de bruit, de fureur et de confusion, un peu partout, on se prend à s'exclamer comme Romain Rolland, à Morschach, en août 1901, en Suisse, dans les montagnes : "Il n'y a pas d'ennemis, il n'y a pas de méchants, il n'y a que des misérables". L'humanité entière cherche, péniblement, à sortir du bourbier des amours sensuels pour accéder à l'amour sacré. Quant aux Français, en grande majorité, ils dorment ; ils rêvent, ou vivent leur cauchemar. Ils croient être là, mais ils n'y sont pas. Le don de divine présence ne leur fut pas octroyé. Quand ils s'éveilleront, s'ils y parviennent, le monde tremblera. Le solitaire  garde toujours un ami : l'Unificateur, le grand Unificateur, l'Étranger. Le grand réunificateur, le pacificateur est devenu Étranger à ce monde. Rien de cela n'est nouveau. Le Christ, Bouddha, Kongzi et Laozi sont d'une seule famille. Ils se connaissaient. Il nous appartient de les reconnaître, en soi, hors de soi. Avoir la foi, ou ne pas avoir la foi, ne rien avoir ; croire, ou non, en ceci ou en cela : là n'est pas la question. Tout se passe ailleurs, autrement et par-delà.  

Je dois avouer que lorsque je lisais, en chinois, ces textes qui s'avancent à proclamer l'union de tout, bouddhisme, confucianisme, taoïsme, platonisme, socratisme, je me sentais pris de doutes. De doutes, de scepticisme et de vertige. La raison en est simple : ce que l'on apprend ici, c'est à diviser, séparer, distinguer, opposer. C'est ici la base de toute éducation. tout raisonnement, tout discours. C'est la base de la science, mais pas celle de l'amour. Aux Indes, au Vietnam, comme en Chine ancienne, et, dans une mesure certaine, encore en Chine nouvelle,  rien ne peut être séparé. Tout est en relation. La solitude est impossible, la personne seule, l'individu séparé n'existent pas en Chine, aux Indes. Le problème de l'autre, la question de l'Autre ne se posent pas. Comme l'expliquait Hélène Morand, l'amie de la reine Marie : "Quand je suis arrivée en France de Roumanie, j'ai découvert le mot 'problème'. " Précisément ce style de philosophie ne m'a jamais rien dit. L'Autre est un mot qui ne me plaisait pas, et qui ne me plaît toujours pas. Que les psychanalystes et les psychologues d'Occident en tirent la conclusion qu'ils veulent : pour moi, l'autre n'existe pas. 

Et nous sommes des centaines de millions, sans doute plus d'un milliard, à penser et sentir ainsi ...