3. janv., 2019

Puisse la paix prévaloir sur cette terrible terre ...

 

Puisse la paix prévaloir ! c'est le souhait que je formule intérieurement, au seuil de cette année. Car quand huit finit, neuf commence, évoquant la fin d'un conflit, et le début d'un autre. En plus d'un point du monde, jamais le chaos ne fut si grand. Ajouter le chaos au chaos ne fut jamais  un signe d'intelligence, de clairvoyance, de réelle grandeur. La pensée humaine a pour vocation de s'élever au-dessus du chaos, des chaos, y compris le sien, celui qui, hélas, lui est particulier et qu'elle doit surmonter. C'est à la fois là sa référence et sa révérence. A l'ère du "copié-collé", démultiplier les chaos, s'en délecter, en jouir, s'en amuser est une entreprise dangereuse  et facile. Le génie d'un président, comme celui de l'artiste  ne sort pas grandi d'une juxtaposition de caprices, de surprises sans ordre ni loi. Un président trompeur, de l'autre côté de l'Atlantique, joue avec le feu ; le simplisme ou la médiocrité de ses prédécesseurs valaient mieux. Si les corvées du pouvoir ne sont pas exactement de l'art, ni de la littérature, les grands hommes d''Etat, comme les grands artistes, sont rares.

Un homme seul, fragile, est démuni face à ces défis, et pourtant chacun est responsable, à sa façon, de la paix, de l'évolution du cours des choses. Tout homme seul, fragile, démuni, participe du cours de l'Histoire. Son sourire, ses pensées, les ondes qu'il émet, lance au hasard, bénéfiques ou maléfiques, influent sur le cours des mondes, le trajet des étoiles, parfois en dépit de lui-même. Nous ne sommes rien, ou que si peu de choses. Et cependant, responsables de tout, par une succession de liens mystérieux, de lianes enchevêtrées, nous pouvons tout. Nous pouvons nous sauver nous-mêmes, et sauver le monde. Un très long, trop long séjour au Japon m'a rendu, -- qui l'eût cru au pays des enchantements ? --  hyper-réaliste, hyper-sensible aux désastres. Le bouddhisme, de même que le vrai christianisme, est à la fois infiniment pessimiste et follement optimiste. La folie de l'optimisme, c'est, en d'autre mots, l'espérance. Et l'espérance est un au-delà du présent, un au-delà du passé, et l'au-delà de l'avenir : soit, l'au-delà du Temps. Le Temps, kala en sanskrit, l'une des formes de la mort, une variante de la mort. La noirceur, la nuit, les ténèbres. L'espérance est un saut hors de l'obsession des soucis du monde. L'accès à une réalité suprême, à une identité suprême. En d'autre termes, la simplification des chaos, la libération du chaos. Chaque nouvel an, l'absurdité des désordres s'accroît, à titre individuel comme à titre collectif. Se lamenter, s'indigner, se révolter sur une impulsion, dans l'énervement, ne sert à rien, ou à pas grand-chose. Ce n'est pas la bonne voie. Le dire n'est mépriser personne. Je ne désire attiser aucune haine, ni politique, ni religieuse, moins encore raciale. Je cherche une voie, je propose une voie de compréhension et d'amour. Elle n'est pas nouvelle. Ce sont les grands anciens qui me l'ont révélée, peu ou pas les contemporains. Les grands anciens ont nourri et éclairé mes expériences de vie. Chacun peut le faire, comme moi, à son tour, à son heure. C'est un secret qui, comme au Tibet, n'en est pas un, une fois trouvé, tenu fermement en main.

La joie calme, la plainte calme recèlent des énergies immenses. Tous les efforts des hommes, y compris ceux de la science, de l'art, du labeur quotidien, monotone, participent, en sous-main, en arrière-fond, de ce grand calme. Plus encore les sciences religieuses, dans leur variété infinie sur le globe, aussi diverses que la diversité des langues, des coutumes, des rites, des formes et manières d'adoration. Christ, Bouddha, Allah lui-même, les sages chinois et indiens, tous les hommes religieux disent et montrent, d'une manière voisine, la même chose -- un horizon lointain, tout proche. Comment pourraient-ils partir en guerre les uns contre les autres ? comment Dieu pourrait-il être en guerre, contre lui-même ? se travestir, se renier, se nier ainsi ? La haine est une énergie mauvaise, l'inverse de l'amour. Dans leurs vases communicants, elles se parlent et échangent leurs signes. Chacun sait et expérimente, ne serait-ce que chaque jour, jour après jour, heure après heure, dans l'alternance de ses humeurs, cette conversion du positif en négatif, du négatif en positif. L'énergie finale est la même. La matière est la même. La force finale est la même, l'esprit est le même, et il ne dépend que de soi que l'amour triomphe. L'amour n'en est que plus fort, qui se nourrit d'une victoire sur les mouvements de haine. Passer par la haine, pour la vaincre, en soi d'abord, et autour de soi, fait grandir et solidifie l'énergie de la paix. Au plus profond, en dépit de tout, quoi qu'il arrive, tout est paix et amour pour le juste, le voyant, le vrai croyant, le disciple de Christ et de Bouddha, mains jointes. Et ce qui est vrai dans l'intime, l'est dans le monde. Le processus est identique.  Agir sur soi, en soi, est agir sur le monde.