7. déc., 2018

Pages intimes (122)

 

Christ, oint du Seigneur, se fait huer et condamner par la foule, laquelle l'applaudissait et l'acclamait lorsqu'il opérait ses miracles.

Cette image évangélique fut, plus d'une fois, et encore et encore, au centre de l'Histoire des hommes, de leurs tentatives désespérées et tragiques de modifier le cours du monde, c'est-à-dire de se libérer de l'Histoire des dieux, et finalement, de se libérer d'eux-mêmes, de se libérer de Dieu. La crise présente n'est pas économique et politique. C'est une crise des esprits, c'est une crise de l'âme. Crise infiniment plus grave, longue à réparer, à dénouer, à résoudre. Crise, qui plus est, non seulement d'un pays, mais de l'Occident tout entier. Et d'ailleurs, le jaune ne fut-il pas habilement choisi, par des conspirateurs dans l'ombre, puisque que c'est la couleur de l'Asie, le symbole du soleil, de la lumière, et en Chine de l'Empire, et même de la puissance d'éros. Ce simple fait montre que la confusion est complète.

La foule, il faut avoir le courage de le dire, hélas pour elle, malgré ses bonnes volontés, ses bonnes intentions, n'a, n'eut, n'aura jamais raison. Croyant s'exprimer, s'indigner, se sauver, elle se contredit elle-même puisqu'elle est la foule, la masse, l'anonymat, une agrégation, une agglutination, un magma. C'est pourquoi les droits de l'Homme et du Citoyen sont des droits individuels, des droits de la personne. La République ne se lit-elle pas, du reste, "à visage découvert" ? Or, fait au fond normal, dont les précédents sont multiples, des personnes masquées, sur les réseaux sociaux, courageusement déguisées sous des matricules, des numéros,  des acronymes, des sigles, se livrent à la délation, accusent nommément autrui, se gardant de dire leurs noms, d'avouer leur identité, appelant à la violence, si ce n'est au meurtre. Quel courage, quelle grandeur, quelle loyauté, quelle finesse, quel esprit chevaleresque, quelle intelligence, quel art   !  Je ne partage aucune idée commune avec Eric Zemmour, mais il a le mérite  de s'exprimer et de combattre  ouvertement, à visage découvert.

L'absurdité est d'ailleurs complète quand les habitants d'une citadelle qui se dit et se veut assiégée de l'extérieur, commence à se diviser de l'intérieur. C'est se livrer à l'adversaire qui aime diviser pour régner. Or l'Adversaire ultime, aussi bien est-ce le malin, la malignité, l'esprit qui dit non, qui toujours nie, qui préfère détruire à construire, l'ange déchu éternel, l'Ennemi par excellence. 

Les maçons, les travailleurs savent que construire une maison,  ouvrir et paver un chemin, faire croître une plante, un arbre, cultiver, jardiner, bâtir ; dans le domaine intellectuel, écrire un simple article cohérent, un livre,  former, éduquer un enfant, sont des activités qui prennent du temps, un temps infini, demandent des soins, de la patience, de la dévotion, de la conviction, du calme. Ce long labeur déplaît aux pressés, aux hâtifs, aux énervés, aux impatients.  Une mère sait ce qu'il en coûte d'avoir un enfant, d'élever, pas à pas, un enfant, de l'instruire. Détruire en revanche, mettre le feu à une maison, tuer un être vivant, un homme, est rapide et spectaculaire : c'est l'affaire d'une seconde. Entre destructeurs et constructeurs, l'écart d''esprit est total. Certes, il convient parfois de détruire pour reconstruire, mais encore faut-il, dans ce but, avoir un plan, le dresser, l'annoncer et le transformer en action, le mettre en oeuvre.  Féminine au sens où elle est versatile, à une foule, "bien fol qui se fie". Puisse-t-elle l'être, féminine,  au sens de la mère, créatrice, attentive, pleine d'amour et de dévouement. Puisse-t-elle s'inspirer du génie maternel, génie du bien, non génie du mal. Certes, à l'évidence, ceux qui l'ont déchaînée, qui ne l'ont pas éduquée, qui l'ont fourvoyée, pendant un temps si long, portent une écrasante responsabilité.  Car elle ne demande qu'à croire, à se dévouer. Mais toutes les raisons de le faire, toute foi, conviction, croyance, espérance lui furent ôtées tour à tour. Y compris la foi au progrès, la foi scientifique, ou la foi à l'art, au sport gratuit, désintéressé, la foi en l'amour, la foi au sacrifice, la foi au service. Y compris la religion du travail -- religion des religions. Tout fut raillé, sali, tourné en dérision, souillé, moqué, déconsidéré.  C'est même merveille de voir, de constater, dans ces conditions, la résistance des morales, des vertus, des valeurs, quoi qu'il se dise, quoi qu'il arrive, et quoi qu'il se pratique, et se fasse. Pas plus que le mal, le bien ne disparaît pas. Pas plus que le mensonge, la vérité ne s'évanouit pas. Et dans le mélange assourdissant de l'un et de l'autre, dans la jungle obscure des contraires, le bien et la vérité continuent et continueront à briller, étinceler, convertir le passant par la beauté, la pureté. L'Immaculée, quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, est splendide, la vérité est resplendissante, la vérité est belle en soi,  au-delà des rires, des quolibets, sarcasmes, des ricanements, -- victorieuse toujours.

État d'esprit de sacrifice, qui exige du courage. Par exemple, celui de dire ceci : la croissance désinvolte et outrageuse ne reviendra pas, ne reviendra jamais, et d'ailleurs elle est et elle fut immorale. corruptrice. Il est nécessaire de s'en passer et cette épreuve est utile. Les richesses ne tombent pas du ciel. Elles sont crées, difficilement, laborieusement, par l'union, la coordination, l'harmonie de toutes les parties du corps social, et il importe, en effet, de les partager équitablement. Et si l'Inde, la Chine, l'Afrique, fait maintenant inéluctable,  se développent, suivent le modèle qui leur fut proposé, c'est déjà une répartition qui rétablit un équilibre, entre richesse et pauvreté. C'est pourquoi il était si nécessaire de bâtir une unité européenne, laquelle est en retard d'un quart de siècle. Ce n'est pas une émeute, une insurrection, un coup d'Etat, un changement de gouvernement, de régime qui  résout, modifie, encore moins accélère une question si grave. Ou bien, hélas, et c'est ce qui tristement se dessine, ce que j'avais vu venir, je ne sais trop pourquoi, du Japon -- l'Europe, forteresse assiégée, reviendra à un sinistre passé, reniera ses propres valeurs, toute son universalité, à seule fin de se protéger, de sauvegarder son existence, les privilèges dont bénéficient à la fois, de concert, simultanément, et ses pauvres et ses riches. Les Etats-Unis, décision d'une importance inouïe, vu leur taille, ont déjà opté pour l'égoïsme national, le chacun pour soi. 

En bref et en résumé, la vraie richesse est celle du cœur. L'énergie pure. L'énergie humaine et  divine. Il y a des riches sans cœur, tout le monde le sait depuis longtemps, depuis l’Évangile, et avant les Évangiles, le Bouddha, fils de roi, prince ; ou plutôt les Bouddhas, la chaîne ininterrompue des Bouddhas, depuis le Bouddha archaïque, depuis la nuit des temps, l'aube du langage et des écritures, les balbutiements de la pensée.  Et il existe aussi des pauvres sans cœur. Quand ces derniers montent au pouvoir, ils ne se conduisent pas mieux , hélas, que ceux qu'ils chassent, à qui ils se substituent. Aussi toutes les insurrections, tous les mouvements populaires, toutes les politiques, socialisme, communisme, national-socialisme, fascisme, corporatisme, tous les idéaux sociaux ont-ils été, et seront-ils toujours un échec, une illusion, un leurre, un simulacre. Riche ou pauvre, gilet jaune, rouge, ou bleu, ou vert, mieux encore, selon la devise, "homme heureux sans chemise", l'élu du ciel et de la terre est sans couleur unique, n'a pas de couleurs et dans le même temps les unit toutes ; il n'a pas de drapeau ou d'oriflamme. Il ne crie pas, n'injurie pas, il ne se bat pas, il ne verse pas le sang. Ses larmes sont incolores. Ses armes sont invisibles. Comme les vrais experts en arts martiaux, l'élu du ciel et de la terre  obéit à la morale antique du judo, aux traités  secrets de la faiblesse et de la souplesse, de l’infériorité apparente, non de la dureté et de la rigidité ; le refus des armes, instruments de supériorité illusoire, leurre qui consacre la faiblesse réelle infinie du fort apparent, du violent qui vole et viole, s'injurie et se meurtrit lui-même, par son inanité. Taijiquan, "poing, mains du Faîte suprême", mains multiples, mille mains de Guan Yin ou Kannon, déesses de la compassion, de la miséricorde, Marie du bouddhisme, Vierge glorieuse du bouddhisme, virgo gloriosa et benedicta, mère de Dieu, sainte génitrice, sancta dei genitrix, dont, par un grand hasard, c'est demain, huit décembre,  la fête. L'Immaculée, belle, sans tache, sans souillures, mère de la paix et de l'amour.  Qu'elle protège, garde et bénisse ses troupeaux, ses troupeaux de brebis, demain, ici et partout, en tout pays, et sur toute la terre, la Terrible Terre.