11. juin, 2018

Pages intimes (72)

 

Sous les yeux effarés de tous, le monde est devenu un champ d'expérimentation et un théâtre vivant, en temps réel. La rencontre de cette semaine, le 12 juin, est exceptionnelle à plus d'un titre. C'est une sorte d'expérience historique, mais aussi, ce qui est rarement dit, et plus délicat à souligner, ethnologique. Un regroupement ethnologique s'amorce, à l'échelle de la planète. Lorsque je parle de l'homme blanc, il s'agit bien entendu de l'homme blanc par excellence, par essence, avec ses excès, ses outrances, défauts et qualités mêlés. Le vocabulaire manque  : l'homme occidental, l'homme blanc, quelle autre expression est à disposition ? les visages pâles ? Certes, la civilisation occidentale possède d'impressionnantes lettres de noblesse, mais elle n'est pas la seule, et en tous cas, maintenant, elle n'est plus la seule. La vie nous donne à voir, comme dans un miroir, le spectacle ahurissant, resté jusqu'alors secret, du choc des cultures, des attitudes, des comportements, des codes, des dimensions cachées. Le livre de l'anthropologue Edward T. Hall, The  Hidden Dimension, paru en 1966, traduit en 1971nous est donné, à présent, plein écran, en version illustrée. L'espoir se dessine que chaque culture puisse prendre un peu plus conscience de ses excès, ses outrances, ses orgueils et ses modesties, son idiosyncrasie, ce qui fait toute sa diversité et sa particularité, dans le cadre général de l'unité humaine. Habitués à tout commander, à tout diriger, régir, dominer, seuls, uniques, tout-puissants, les occidentaux, peu à peu, se voient obligés de se contempler dans le miroir, de réfléchir sur eux-mêmes, se mettre en question. C'est ce que je me vis contraint et forcé de faire, à Nagasaki, dans des conditions difficiles, pendant environ deux ans. L'île enchantée, mon sixième roman, mes journaux intimes de cette époque, en donnent un compte-rendu partiel, encore insatisfaisant. Cette opération ne fait que commencer, à très grande échelle. Les cultures s'observent, se jugent, hélas se confrontent, toujours plus étroitement. La voie de l'estime mutuelle et de la coopération sera préférée par tous les hommes de bonne volonté, philosophes et religieux. La bonne volonté, la bienveillance générale, le bon présage s'imposent. Le sens des réalités, le face-à-face, si dramatique fût-il, n'excluent pas les bonnes intentions. C'est la voie de l'amour, amis, faux amis et ennemis compris. La voie prodigieuse de l'amour et de la fusion, qui, de toute façon, devient réelle même à travers les conflits.