12. juin, 2017

Fin de l'Histoire ou recommencement de l'Histoire

Fin de l'Histoire ou
recommencement de l'Histoire

Copyright©alainrobertcoulon.2002 (cf. www.researchgate.net et www.waternunc.com)

La distinction entre Orient proche ou moyen et Orient extrême, ou encore Asie mineure et Asie majeure, me semble d'une importance capitale et va nous surprendre tôt ou tard au cours du siècle qui commence.

Des milliards d'hommes, dont la présence dans nos journaux, dans l'information quotidienne, est encore infime, ont une façon de se nourrir, de se comporter, de vivre, d'exister, d'être humains (ou éventuellement inhumains) profondément différente, et parfois entièrement incompatible avec la nôtre.

 

 

L'hypothèse optimiste, et à mon avis presque certainement fausse, est que ces populations s'occidentalisent, c'est-à-dire vont nous ressembler de plus en plus au fur et à mesure qu'elles assimilent, non seulement nos sciences et nos techniques, mais, par voie de conséquence, nos modes de gouvernement, nos mœurs et nos coutumes, ce qui implique de notre part l'idée sous-jacente que la philosophie, ou les façons de vivre, de penser, d'être humain en général, de ces populations sont en définitive plus faibles, plus malléables, ou inférieures aux nôtres.

A titre d'exemple : les communautés chinoises ou japonaises qui vivent près de nous, ne pouvant subsister d'une manière globale en l'absence de leurs propres modes d'alimentation et manières de table, sont obligées de bâtir, par un travail considérable et acharné, de véritables bases d'autonomie alimentaire (en fait de survivance dans un milieu largement considéré comme hostile sur un simple plan matériel), en circuit quasi fermé, sans que le "touriste", l'amateur d'exotisme ou d'ethnicisme, réalise toujours que les particularités et différences dont il s'amuse, qui lui plaisent ou déplaisent, sont en réalité les signes et symboles d'une culture ayant sa propre cohérence à tous les étages : de la cuisine aux niveaux les plus inconscients ou ésotériques des religions et de la psyché individuelle ou collective.
De plus, il se trouve que ce que l'on repère comme la "politesse" ou le "raffinement" ou encore, sur un autre registre, "l'effacement" ou "l'inhibition" de l'Extrême-Orient, contribuent à dissimuler une différence passablement radicale. C'est-à-dire que là où l'Asie mineure clame et revendique clairement sa différence, en se coupant directement de l'Occident sans songer à rivaliser avec lui sur son propre terrain, l'Asie majeure, douce et stylée, se comporte de la façon suivante : "Nous pouvons faire, à titre d'exception, tout ce que vous faites vous-mêmes et en plus une infinité de choses que vous ne pourrez, quant à vous, jamais faire."

Devant ce potentiel de confrontations et conflits multiples, dont les racines sont dans la géographie, les climats, la biologie, la psychiatrie, l'histoire, les rares spécialistes valables des cultures comparées, de la médecine aux religions et philosophies, se trouvent à notre époque face à un énorme travail dont l'urgence ne saurait être sous-estimée - seule façon de désamorcer ou peut-être d'amenuiser, dans la mesure du possible, toute une série de catastrophes politiques, sociales ou autres. Catastrophes qui très probablement vont faire que, loin que l'Histoire soit finie comme on a pu le dire et très curieusement s'en féliciter chez les gens instruits avec de grands soupirs d'aise, tout au contraire, et en particulier en Extrême-Orient, l'Histoire commence (ou plutôt recommence).