18. mars, 2017

Quelques mots sur le mystère de la méthode occidentale d'intimidation psychologique

C'est une forme de l'élan vital, de la force vitale, indéniablement. Dilatation, expansion naturelles des corps. Ayant vécu longtemps dans une culture très différente, très opposée,  et maintenant bien placé pour établir une comparaison, je désire en toute sincérité et honnêteté, faire une synthèse de mes expériences à ce sujet, ou tenter de la faire. J'ai déjà écrit plus d'un article dans ce but, et mes trois derniers romans évoquent d'une manière concrète ces interrogations, face à ce que je considère toujours comme un mystère.

"Intimidation" sera immédiatemnt compris par les personnes d'Asie, l'Asie extrême avant tout, Chine, Corée, Japon, etc. et également une large partie de l'Asie moyenne, de l'Orient moyen, une partie de l'Afrique, les cultures indigènes de l'Amérique latine, etc. J'ajoute que ce mot sera aussi facilement compris, et universellement, des âmes religieuses, très religieuses,  des artistes sensibles et sincères, des femmes, pour celles qui en souffrent et ne cherchent pas, par esprit de revanche et de compétition,  à imiter les hommes, des enfants, d'une large partie des adolescents ; et d'une façon générale de tous ceux dont la sensibilité, le tact, l'intelligence, la perspicacité dépassent la moyenne. Il m'est arrivé et il m'arrive tant de fois d'atteindre en deux ou trois secondes, parfois une seule, un état de communion avec une autre âme, inconnue de moi auparavant, croisée par grand hasard, un état de transparence d'âme à âme, une joie de la non-séparation, tels deux amis d'autrefois qui se retrouvent, qui se reconnaissent, et ceci en complet silence, par un regard, un flux d'ondes, que la surprise et la douleur d'une séparation absolue, insurmontable, n'en est que plus forte.  Dans le parabole du jeune homme riche, l'expression "intuitus eum" est souvent traduite par : le Christ "fixa son regard sur lui", alors que "pénétra dans son âme", "l'envahit de l'intérieur",  "entra en lui", "entra dans son âme", me semblent des traductions plus exactes. Et le jeune homme riche est pris au dépourvu devant cette action silencieuse ; il n'est pas à la hauteur. Jésus enfonce en lui son regard, il n'est pas assez humble pour se métamorphoser en pure âme transparente sous ce regard. Or en Asie, la carapace, la cuirasse de l'individualité, la protection psychologique de la personne séparée est faible, en tous cas plus faible, outre qu'elle est garantie et soutenue, dans une certaine mesure, par la collectivité, qui partage cette caractéristique bio-psychique, bio-psychologique, ou, s'il est possible d'ainsi s'exprimer, bio-culturelle. Ce n'est pas dire que des formes d'intimidation n'ait pas cours aussi, d'une manière universelle, mais sachant que dans toute cette réflexion ce qui est directement physique et violent est hors-sujet, -- alors plutôt d'origine nerveuse, cérébrale, ou intellectuelle. La différence de fonctionnement du système nerveux, le jeu différent des ondes cérébrales, et du centre qui commande le langage, coupant celui-ci de l'action et du réel,  telles sont mes interrogations, tel est l'objet de ma recherche et de mes expérimentations.  Ou bien, et c'est là si l'on veut le point le plus noir, s'il est une forme d'intimidation non-occidentale, elle en vérité collective, c'est-à-dire coordonnée -- et je souligne : naturellement coordonnée. 

Lanza del Vasto expliquait que trois courants, pour faire très court, pouvaient être distingués et régnaient en occident : un courant gréco-latin, un courant chrétien et un courant barbare, ce dernier étant le moins étudié. Né en Sicile, Lanza del Vasto avait vécu plusieurs années aux Indes. Alain Daniélou, qui lui y a vécu au moins vingt ans, a abordé, à sa façon, ces thèmes ; c'est à lui que je dois mon initiation aux yogas, à l'indologie, aux méthodes de réintégration. Que l'Occident ait beaucoup changé et évolué, je n'en veux pour preuve que ce que dit Porphyre de Plotin (Plotinus, né en Egypte), son maître : on aurait dit qu'il avait "honte de vivre dans son corps", d'habiter un corps.  C'est une forme de honte très japonaise, et pas seulement japonaise. C'est probablement pourquoi Saint François-Xavier s'exclamait : "Mes chers Japonais ..." Un point est arrivé, que note Delacroix dans son Journal, dont il est le témoin au début du dix-neuvième siècle, où le sens de la honte s'affaiblit sans cesse davantage, où le vice, le mal et le laid n'ont plus honte, n'éprouvent plus le  besoin d'avoir honte  d'eux-mêmes.