9. mars, 2017

Lettre à un ami dominicain (suite)

Cher Philippe,
 
Maritain et Guitton font partie de ces écrivains qui écrivent trop. Ils développent, ils développent.
Ce sont les grandes écoles de France qui apprennent cet art du développement.
Je suis attiré par Maurice Blondel, . Ses journaux intimes. C'est un souffrant, il m'est sympathique.  Je vais voir si Maritain a écrit des confidences intimes.
J'ai trop lu, il ne faut pas trop lire.
 Le pape François est extraordinaire parce qu'il reste au seuil du Vatican.
C'est un grand symbole.
Je me demande si les chrétiens ont jamais lu et compris le sermon sur la montagne. Alors les palais religieux n'auraient jamais été construits.
Un petit temple modeste et discret en dit plus long qu'une vaste cathédrale.
 
Le monde ne changera jamais, je viens d"achever la correspondance entre Romain Rolland et Stevan Zweig, la période 1928-1940.
Toutes les nations, de nouveau,  se replient sur elles-mêmes, les cultures, et les hommes parce qu'il est trop difficile de s'embrasser, de communiquer.
 Si une âme s'élève assez haut, il n'y a plus d'écart entre le Christ et le Bouddha.
Et il existe un point  plus élevé encore. car si nous parlons du Christ, ou de Joseph (je relis une biographie d'André Bessette au Québec, de l'oratoire de saint Joseph), ou de Marie ... 
du père céleste, éternel, , et plus encore du saint esprit, on ne peut plus rien dire. 
C'est là que les mots et les concepts sont impuissants. Et même ridicules. Pour le moins insuffisants.
Finalement le Père n'est ni dans un espace imaginé au-delà de toutes les galaxies, ni au centre de la terre, ni à l'intérieur de notre corps, ni dans l'esprit humain, dans l'humanité entière, mais partout.
C'est prodigieux, indicible et inconcevable.
 A une grande et haute distance, l'athéisme, le mal, tout ce qui contrarie, nous contrarie, et nous offusque, nous offusquera  toujours n'a plus grande importance.
 Même pour un chrétien occidental très ardent et très sincère; c'est un point où il n'est pas aisé de parvenir.
 Plus grave, il est des gens qui, au sein même du christianisme, sont occupés à aiguiser les couteaux. ( et cette tradition hélas remonte loin).
 Il est capital de proclamer la non violence.
Or la violence existera toujours.
Ce point me rappelle un ami maoïste que j'admirais beaucoup, plus âgé que moi, Pierre,   et qui me disait, que l'on s'occuperait des animaux opprimés et blessés, martyrisés,  quand on en aurait fini avec les hommes. Un garçon très sincère et intelligent.
Pourtant c'était complètement insane, ce moment ne viendra jamais ... Je pense même qu'il est bon de commencer par les animaux, les plus petits. Faire attention aux insectes. Aux minuscules corps animés. Ce n'est pas la France qui aurait pu m'y amener. Seuls le Japon, l'Inde.
 Je ne veux pas te donner de faux "espoirs" sur moi. Ce n'est pas une question de présomption, d'outrecuidance, je ne peux que poursuivre mon chemin.
Je suis plus utile pour l'église et pour  le chemin  du bien à l'extérieur. Radio Notre Dame me donne le sentiment d'être à l'intérieur, c'est parfois émouvant, captivant ; ce n'est ni toujours brillant ni toujours très agréable.
Et je suis certain que les meilleurs, qui sont à l'intérieur, ne sont pas si éloignés de moi -- je les entends, je les écoute.
En définitive je ne suis ni à l'intérieur  ni à l'extérieur et c'est bien ainsi. Dès 2010 j'ai écrit un texte court intitulé : "Je campe à la frontière".
Tout ce que j'ai écrit  depuis l'enfance est librement disponible sur researchgate.net
 Sur le seuil, à la limite, à la frontière.
Regardons le pape François premier, il se tient là. 
Et c'est pourquoi il commence à déranger.
Très chaleureusement tien, Alain.