8. mars, 2017

Inventer, redécouvrir, retrouver un très ancien lyrisme mystique pour notre temps

L'ancien secret d'exister. Mystique non qualifiée, non spécifiée. Mystique qui signifie silence, lèvres fermées, mais ooeur largement ouvert, esprit en éveil. 

C'est ainsi que, maladroitement, je m'efforce d'exprimer ce que j'ai observé et pratiqué au Japon, en Asie, en orient, et ce qui est ici très rare, inconnu, ou peu connu. Les femmes sont mieux à même de le sentir, de le ressentir : souvent elles tentent, en vain, de l'enseigner et de le communiquer aux hommes. Art du chat plus que du chien, au sens où les chats sont des êtres mystérieux, indépendants et libres, mais également insignifiants, communs, anodins  ;  les chats sont  de grands yogis. C'est le sourire énigmatique de Bouddha autant que du Christ, de tous ceux qui ont beaucoup éprouvé, beaucoup souffert, et pensé, beaucoup compati ; ceux qui sont allés très loin, jusqu'au bout, tout près de leur soeur et compagne, la mort ; ceux qui sont passés par l'enfer et qui ont pu en ressortir, en revenir. Combien de mots sont desséchés, vidés de leur sang, de leur sens ; combien d'idées ont cours, ou n'ont plus cours, privées de tout sens, toute vertu d'action. de toute sève. Inflation des mots, dévaluation des pensées. Ainsi de la "fraternité", dernier mot de la devise de la République ; en quoi celle-ci, comme malgré elle,  est religieuse. Citoyens, camarades : mots qui ont échoué. Frères ! soeurs !  ces mots n'échoueront jamais, ne décevront jamais, même dans la pire extrémité. comment pourraient-ils se fourvoyer, nous fourvoyer jamais ?  D'ailleurs au Japon que je n'idéalise pas, ou plus, tout être vivant n'est-il pas "-san" ? messieurs, dames, demoiselles, sur le même plan, sans distinction, sans discrimination, y compris l'étranger qui accepte de se plier aux coutumes, d'être attentif et d'apprendre. "-san" syllable intraduisible : citoyen ou camarade dont le sens ne s'est pas dégradé. 

Ce que j'ai nommé, maladroitement, dans le Sherpa : "l'émotion biologique silencieuse", ce sentiment de fraternité, d'humanité profonde, en tant qu'être vivant, en tant qu'être existant, bio-psychologique, ou bio-culturel s'il est possible ainsi de le dire, je l'ai retrouvé hier en un être venu du Surinam, pays si peu connu de la carte, inconnu de beaucoup, si proche des grandes forêts, où je ne suis pas allé, ou je n'irai jamais  ; l'être trop étroitement éduqué, trop personnalisé, coupé de la  grande Nature comme de ses semblables, l'être séparé, privé, sevré de lianes, ce sentiment naturel, ce sentiment subtil, comme il peine à l'éprouver, à le retrouver, le redécouvrir, le réinventer au plus profond de soi ! car qui ne le possède pas en lui, en dépit de tout ? A travers douleurs, déconvenues,  épreuves, ce sentiment énigmatique, mystérieux, mystique est le grand soutien, une échelle, un tremplin. Cette vie éternelle, ce printemps sans fin, que, sous des formes variées, tous cherchent, ce secret  d'exister, de peiner et de jouir, et de mourir et de survivre de quelque façon, auquel tous aspirent, il est connu de longtemps, excepté peut-ètre de l'homme moderne éduqué, sur-éduqué, faussement, étrangement éduqué. Force immense, joie immense, paix immense. Porte face à nous, largement ouverte, invisible.