2. févr., 2017

Lettre à un ami dominicain

Mon cher Philippe,
 
Merci de tout coeur pour ces lignes.
Ce n'est pas facilement que je peux, ou pourrai t'exprimer ce que je ressens.
 
Personne ne pourra jamais faire, quoi qu'il arrive,  que je ne sois pas allé longtemps me plonger dans un milieu, une civilisation, une langue, tout un réseau d'habitudes complètement différent, et même inconcevable, inimaginable pour les gens qui, pendant ce temps, demeuraient ici.
Je suis et je resterai un disciple du père Huang, François-Xavier Huang, Huang Jia-cheng en chinois, oratorien et donc, comme tous les membres de cet ordre, très libre d'esprit. 
Or une grande liberté d'expression, et même trop grande à mon gré, se manifeste sur radio Notre Dame.
Il va être périlleux d'échapper aux épreuves collectives dans un avenir assez proche.
 
Nous sommes sous l'impression qu'à un moment donné, l'humanité tout entière, va être sommée de choisir entre l'enfer et son contraire.
Entre la voie de l'amour et celle de la haine.
Cependant il serait très outrecuidant et présomptueux pour le christianisme, tel qu'il est, dans sa forme ordinaire, de croire qu'il n'a rien à apprendre des longues traditions orientales de sagesse et de vie commune.
 
Le père Huang, et son ami disparu trop tôt, anéanti par la douleur de l'exil, le mathématicien Hu, parlaient d'un véritable "péché de l'occident " et de la nécessité, et même l'urgence,  de "désoccidentaliser" le christianisme.
De grands saints ont eu, et ont à l'heure qu'il est, très certainement, la même intuition.
Le pape François, le saint père, étranger en Italie et en Europe, plus et mieux que ses prédécesseurs, se voit bien placé pour le ressentir.
 
En droit d'ailleurs, le christianisme et veut et se dit universel, mais en fait, c'est loin d'être le cas.
Un très long et très douloureux cheminement y conduira seul.
Un chemin de croix de plus pour le Christ.
Je  pose la question : quelle est donc la couleur de son visage ? quelle est la couleur du visage du Christ ?
Et n'est-il pas présent plus souvent à l'extérieur de l'église, des églises, qu'à l'intérieur - et même, pire encore, à l'extérieur de notre petite culture étroite ? et à extérieur des froides cathédrales de pierre, des sons d'orgue orgueilleux, tonitruants, éloignés de l'harmonie classique, diffusant une atmosphère presque diabolique, des fumées flottantes qui rendent mal à l'aise, tristes et peu énergiques, presque malades  les fidèles, accablés de surcroît par la pauvreté des paroles et des chants.
Il me serait impossible d'assister à une messe à Notre Dame.
 
La prière n'est pas du tout ce que l'on croit et sans mes maîtres, mes guides orientaux, qui ont été très nombreux, depuis ceux qui ont écrit des livres, jusqu'à ceux qui n'ont fait qu'échanger avec moi un regard de trois secondes, si je n'avais jamais quitté ces terres dites chrétiennes, je ne serais pas très avancé....
 
Je te souhaite une très belle journée et resterai toujours très fidèlement et très chaleureusement ton ami, Alain.