30. janv., 2017

Humilité et effacement

L'humilité est chrétienne, l'effacement est bouddhiste. L'une sert de contrepoids  à une philosophie individualiste ; le second convient au collectivisme et peut faire choir dans le totalitarisme.

L''effacement, à la lettre, serait se montrer sans visage.  Pourtant l'effacement me fascine, me subjugue. L'effacement est l'un des joyaux de l'Asie. Le Christ lui-même ne cesse de dire : "Moi, moi ... mon père, mon père." Le Bouddha va beaucoup plus loin, plus avant, plus profond. L'humilité, c'est le petit jardin ; l'effacement, c'est la grandeur, la puissance,  la beauté sublime du désert.  L'humilité, trop souvent, est fausse, hypocrite, tiède.  Ma seule famille, mon unique nation, ma langue, mes petites frontières.  L'adjectif possessif : "Ma, mon, mes."

Passer par l'effacement, entrer dans la liberté, la libération de l'effacement est un chemin étroit et risqué. Rare par ici ; commun, traditionnel et presque évident en orient. Le visage devient interne. La face du Christ et la face du Bouddha ne font qu'une chez les grands saints, d'ici comme d'ailleurs. Deux faces floues qui se confondent, pénètrent l'une en l'autre.