20. janv., 2017

Candeur et ingénuité

Cioran remarque que la langue française se prête mal à la poésie et à la naïveté. Mieux à la l'expression juridique, diplomatique. Et hélas à la raillerie. Ou à l'ironie qui peut confiner à l'humour, à condition d'éviter la plaisanterie épaisse. Le mauvais esprit.

Le lyrisme, le romantisme ne sont plus de saison. Le bon esprit, l'esprit saint, l'immense et positive naïveté sont des terres rares que l'Asie m'a offertes à pleines mains.

Toute vérité, pour être vraie,  souffre l'exception : un Japonais parmi tant d'autres, l'astro-physicien Oda Minoru, spécialiste des rayons X et des trous noirs, me parlait avec amour du petit Prince ; il l'aimait plus que moi.

La poésie, comme la musique, cultive le refrain, la cadence, la répétition, formes d'insistance que la langue française, trop soigneusement, évite, abhorre.

Sans être beaucoup plus chrétien que bouddhiste, je lis et relis ces derniers jours  la résurrection de Lazare dans l'Evangile de Jean. C'est une scène théâtrale, magnifique et stupéfiante, forte et horrible, digne d'un Opéra, jamais encore composé. Le Christ aime Marie, Marthe et leur frère Lazare. Il frémit ; il se trouble ; il pleure. Marie, l'une des Trois Marie, loin d'être sainte, est celle qui prodigue les parfums de prix. 

Je repense souvent au père Huang (1911-1990), de qui je dois tout, pour qui la Chine était chrétienne depuis longtemps, à sa manière ; qui ne craignait pas, avec son ami le mathématicien Vincent Hu, de parler du péché de l'Occident ; et qui estimait qu'il était temps de désoccidentaliser le christianisme.