10. janv., 2017

Deux mots, ou trois sur la fraternité humaine.

Comment être frères sans bien se connaître ? s'apprécier, s'estimer, s'aimer dans la différence ?

Le frère oriental a une longue expérience historique du frère occidental. Il a été contraint de l'étudier en grand détail, de le fréquenter, d'apprendre de lui. 

Le frère occidental, au contraire, n'a pas eu, ou moins eu cette expérience.

Malgré tant de livres écrits et publiés, tant de missions étrangères, tant de partages, ou confrontations, l'homme oriental, l'homme extrême-oriental, demeure, curieusement, dans le monde blanc, un inconnu.

Les écarts de richesse,  de climats, d'aisance, et tout le passé historique jouent un rôle de premier plan.

Mais un facteur peu mis en avant est oublié, ou dissimulé : c'est le versant psychologique, ethno-psychologique, inscrit dans les conduites, les comportements, les émotions, les frémissements, plus que dans les cultures ou les religions au sens ordinaire. J'ai émis l'hypothèse d'une "émotion bioloqique (ou psycho-biologique) silencieuse (ou non)".

Quantité de rencontres, sur le terrain, pendant de longues années, et d'abord à Paris avec le père oratorien François Huang (1911-1990) m'ont mis sur cette piste et éveillé à cette réalité.  Il soupirait avec amertume en reprenant cette phrase : "Oui, les hommes sont frères".

Qui désire unir et réconcilier les hommes, les peuples, doit en premier lieu réfléchir et agir sur ce facteur dont il est peu parlé : les humiliations, les mépris, les abaissements, les incompréhensions, les affronts psychologiques.

Les écarts économiques peuvent trouver une solution dans la sobriété, la frugalité -- voire l'ascétisme. 

Les écarts, les malaises psychologiques ne peuvent pas disparaître au nom d'une évocation répétitive de l'amour ou de la bonne volonté, au sens religieux ordinaire.

"Le sherpa et l'homme blanc" a été écrit  au printemps 2008 et publié en avril 2009. Mon but a toujours été la solidarité, la coopération, la fraternité universelles. Mais celles-ci sont fragiles si elles s'édifient sur des ignorances ou des bases fausses, bancales.

Le sherpa et l'homme blanc travaillent, oeuvrent de concert dans la grande épopée de l'humanité. Ils doivent se connaître et s'explorer intimement toujours davantage, avant qu'il ne soit trop tard.

Le bouddhisme japonais et toutes mes réflexions ont fait de moi un non-violent dans l'absolu.  Et à l'échelle d'une très longue histoire, il n'est jamais trop tard.