8. janv., 2017

Je relis pour la troisième fois L'abîme de feu d'Irina Tweedie ...

Veuve d'un officier anglais, mais d'origine russe, Irina Tweedie se rend aux Indes en 1961 pour se mettre aux pieds de Radha Mohan Lal, guru soufi de son amie, l'indianiste Lilian Silburn. Par maints détails, son Journal emporte le lecteur attentif dans l'atmosphère en apparence fermée, close, enclavée, du centre-nord de l'Inde, des plaines indiennes, à Kanpur :  parfums entêtants, insectes énormes, bruits, poussière, agitations, tension torride ou mélancolie humide. Au-dessus de ces affolements, que je ne connais que trop, plane la paix, la douceur, l'amour du guru.

Musulman, il est aussi bien chrétien et indouiste. Une énigme, un sphinx, un grand X.  Ce grand X qu'est, pour Teilhard de Chardin, le Christ. Sur la voie de l'amour, appellation, qualification, spécification perdent tout sens.

Atteindre cet amour n'est pas donné à quiconque. Il s'agit de perdre pied. Toute rencontre, fut-ce d'un animal, d'un lieu, d'un objet, toute situation et circonstance prend, acquiert un sens profond au sein chaud de cet amour.  C'est ce que je tente de montrer, commence à voir et concevoir dans le Temple des souterrains.

Tout s'éclaire dans cet éblouissement, ou cette lueur obscure de l'amour. Le "frère aîné" de Lilian Silburn et Irina Tweedie remarque en passant que nous sommes à l'âge de l'intellect, de l'explication. De l'argutie, de la ratiocination. Charabia, galimatias, amphigouri, vaine rhétorique des gréco-latins. Y échappent les plus grands de ces derniers : Eschyle, Empédocle, le vrai Socrate qui n'est peut-être pas celui de Platon.  Ceux qui ne sont pas des rhéteurs, des avocats, des hommes de conférence, des conférenciers

Il n'est pas évident de parvenir à une Idée, d'émettre une seule Idée.

Une idée émise avec amour, baignant dans l'amour, submergée par l'émotion, est presque impossible